Rendez-nous fiers !



Rendez-nous fiers !

 

 

Plus important encore que le nom du futur président de la République, le sort des générations futures est une question sur laquelle il faudrait se pencher d’urgence.

Il importe peu – ou presque – que Nabil Karoui, Kaïs Saïed ou Abir Moussi accèdent au palais de Carthage, si nous n’avons pas des générations futures suffisamment solides pour assurer la relève. Tous devront faire des acrobaties politiques et stratégiques à faire tordre le coup à Jet Li (et à toute logique) pour survivre sur la scène politique et s’y acclimater. Mais nous serons rassurés si les générations futures ont assez de « stamina » (pour emprunter les mots de Donald Trump) pour tenir le lourd flambeau.

Depuis le 12 juin et jusqu’à demain, les jeunes de 18 ans ou presque passent leur bac. Des photos ont fusé sur la toile de parents à la fois fiers et inquiets qui attendent que leurs enfants décrochent – de préférence avec brio – le fameux sésame. Sésame pour lequel ces parents ont beaucoup investi et dans lequel ils placent de grandes espérances. « Rendez-nous fiers ! », disent-ils en chœur.

 

Ecoles et établissements privés, internationaux et à la pointe en matière de techniques et de méthodes d’enseignement poussent comme des champignons, au plus grand bonheur (mais aussi malheur) des parents. Certains parents – ceux qui peuvent se le permettre - iraient même jusqu’à s’endetter, se priver de beaucoup de choses et envisageraient même - dans leurs rêves les plus sordides – de vendre un organe sur internet pour payer les écoles de leurs enfants. Compétitivité reléguant aux oubliettes un enseignement public dans lequel on ne croit plus et qu’on pousse, ainsi, à mourir à petit feu. Mais le sort de ces élèves d’aujourd’hui n’est pas seulement la préoccupation de leurs parents, elle est celle d’une nation toute entière.

Que valent les jeunes générations aujourd’hui ? Un constat, certes subjectif, nous montre la détérioration du niveau général.            Sur les bancs des universités et dans les entreprises, étudiants et employés affichent parfois – souvent – un niveau des plus déplorables. Paresse, manque de maitrise des langues de travail, quasi-absence de culture générale…autant d’indicateurs d’une jeunesse loin d’être « au point ». Des élèves médiocres ou des premiers de la classe qui ne valent rien « dans le vrai monde ». Mais est-ce seulement la faute à l’enseignement ? Rien n’est moins sûr.

 

Au concours de la sixième année de base, la moyenne générale des 51 mille élèves n’a pas dépassé les 3,2/20 en mathématiques et les 6,5 en sciences expérimentales, selon les chiffres communiqués par le ministre de l’Enseignement Hatem Ben Salem cette année. « C’est la faute au système » dénoncent les enseignants, dont les plus téméraires se retrouvent aujourd’hui obligés de se plier à un programme qui se base sur le bourrage de crânes et laisse très peu de place à la réflexion. Méthode de lecture globale, journées de classe interminables, tonnes de devoirs à la maison et un rythme insupportable pour les plus jeunes leur laissant peu de place aux activités extrascolaires. Des activités qui peuvent parfois s’avérer plus enrichissantes que l’enseignement que leur prodigue l’école. Ajouter à cela, des basiques qui n’ont plus autant la cote. La lecture par exemple.

Dans un univers de technologie, de jeux en ligne, de consoles, de tablettes et de smartphones, lire un livre n’est pas ce qu’il y a de plus branché pour un jeune d’aujourd’hui. Cette activité « rébarbative » et « ennuyeuse » est en effet en dégringolade chez des Tunisiens en général qui ne sont certes pas connus pour leur amour démesuré pour les livres. Selon les chiffres d’un récent sondage Emrhod, 82% des Tunisiens n’ont lu aucun livre cette année, 73% n’ont aucun livre chez eux et 4% seulement lisent régulièrement. Des chiffres effroyables.

 

Les jeunes sont de plus en plus diplômés aujourd’hui, mais tous ne se retrouvent pas dans le monde de l’entreprise et leurs diplômes ne valent parfois pas grand-chose.

Ceux qui font du recrutement savent certainement à quel point, il est difficile de trouver des personnes compétentes. Bonne maitrise des outils de travail, des langues parlées et écrites, ponctualité, rigueur, discipline, esprit d’équipe, sens de l’innovation et force de proposition d’idées nouvelles... Des denrées rares que les recruteurs désespèrent de trouver chez leurs futurs employés et qui font qu’on est, parfois, obligés de se rabattre sur « le moins pire ». 

Une fois leur diplôme en poche, la plupart d’entre eux devront faire face à un monde sclérosé par le laisser-aller, par le manque d’initiative et par la paresse générale.  

Culture de la médiocrité, népotisme, favoritisme, ascension de candidats populistes à des postes prestigieux, dégradation du service et de l’enseignement public sont autant d’écueils auxquels les générations futures devront faire face et autant de défis à relever. Seront-ils à la hauteur ?

 


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