Par Abdelaziz Gatri : Chassés de Raqqa et Dir Ezzour, « nos enfants » sont de retour



Par Abdelaziz Gatri : Chassés de Raqqa et Dir Ezzour, « nos enfants » sont de retour

Rached Ghannouchi s’est derniĂšrement rendu en Turquie, officiellement pour participer au 3Ăšme TRT WORLD, un forum international qui s’y est tenu les 21 et 22 octobre dernier sur le thĂšme suivant :  « Crise de la globalisation : risques et opportunitĂ©s ».

Cette Ă©niĂšme visite du chef du parti islamiste Nahdha Ă  Ankara aurait pu passer pour banale si Ghannouchi n’était pas aurĂ©olĂ© de la victoire, mĂȘme Ă©triquĂ©e, de son parti aux Ă©lections parlementaires qui se tenaient quelques jours plus tĂŽt. C’est donc une visite officielle qui ne dit pas son nom, puisque c’est la prĂ©sidence mĂȘme de la Turquie qui l’a annoncĂ©e dans un communiquĂ© on ne peut plus officiel, et puisqu’elle fut couronnĂ©e par une rencontre avec le prĂ©sident Recep Tayyip Ergogan qui en l’accueillant, accueillait le candidat de Nahdha, tantĂŽt au poste de chef du gouvernement de la Tunisie, tantĂŽt Ă  celui de prĂ©sident de l’ARP. A ce titre, Ghannouchi aurait dĂ» remettre au prĂ©sident de la rĂ©publique fraĂźchement Ă©lu avec 73% des suffrages un rapport dĂ©taillĂ© sur cette visite, et surtout sur la teneur de ses entretiens avec le prĂ©sident turc. Mais que nenni. Et pour cause : il y Ă©tait question, entre autres bien sĂ»r, de l’avenir des centaines, voire des milliers de combattants de DAESH Ă©vacuĂ©s en Turquie.

DĂ©jĂ , lors de ce forum, Erdogan n’a pas manquĂ© de culot en se demandant : « 30 000 poids lourds d’armes, de munitions et de matĂ©riels ont Ă©tĂ© livrĂ©s aux nord de la Syrie, comment est-ce que ceux qui prĂ©tendent ĂȘtre puissants pourront expliquer cela, avec quelle approche dĂ©mocratique vont-ils l’expliquer ? », effaçant d’un revers de la main le fait que ces 30 000 camions sont passĂ©s par la frontiĂšre turque et que c’est son gouvernement qui en a assurĂ© et la logistique et le soutien militaire.

Ghannouchi, soucieux de parer Ă  toute Ă©ventualitĂ© et bien dĂ©cidĂ© Ă  fignoler ses plans pour les prochaines Ă©chĂ©ances qui se trament pour le pays en cas d’éviction de son parti du pouvoir par la voie constitutionnelle, ne pouvait s’attendre Ă  mieux que le retour au bercail de « ses enfants » qui ont bĂ©nĂ©ficiĂ© d’un haut degrĂ© d’entraĂźnement et qui traĂźnent un vĂ©cu militaire indĂ©niable, une aubaine trop inestimable pour ne pas ĂȘtre saisie au vol, ses lieutenants Ă  Tunis ne ratant eux aucune occasion de rappeler aux tunisiens que la mise Ă  l’écart de leur parti Ă©quivaudrait Ă  une guerre civile.

Ceux qui n’entendent pas la menace sont ou sourds ou complices.

Les événements se sont ainsi rapidement succédé :

Mardi 29 octobre,en plein prĂ©paratifs du sommet de la francophonie qui doit se tenir Ă  Tunis,  les ministres tunisiens des affaires Ă©trangĂšres et de la dĂ©fense Ă©taient dĂ©mis de la plus humiliante des maniĂšres alors qu’ils allaient quitter leurs fonctions de toutes les maniĂšres Ă  la faveur de la constitution du nouveau gouvernement issu des Ă©lections. Etait-on trop pressĂ©s de rapatrier ses enfants ?

La dĂ©signation du ministre de la justice,   tutelle du ministĂšre public dont les exploits ne sont plus Ă  dĂ©montrer en matiĂšre de gestion des affaires des assassinats politiques, de l’appareil parallĂšle de Nahdha et de l’arrestation du candidat Nabil Karoui en pleine campagne Ă©lectorale, pour assurer l’intĂ©rim Ă  la dĂ©fense en dit long sur les intentions de certains. Idem pour l’intĂ©rim des affaires Ă©trangĂšres, confiĂ© officiellement Ă  Sabri Bachtobji, secrĂ©taire d’Etat qui a Ă©tĂ© confinĂ© Ă  un rĂŽle de figurant lors de la visite du chef du gouvernement en AlgĂ©rie.

Jeudi 7 novembre, Erdogan affirmait que plus de 1 150 membres de l’Etat islamique Ă©taient actuellement incarcĂ©rĂ©s dans les prisons turques.

Lundi 11 novembre, le ministre turc de l’IntĂ©rieur, Suleyman Soylu, annonçait que « la Turquie commencera Ă  renvoyer dans leur pays d’origine les militants Ă©trangers du groupe Etat islamique qui ont Ă©tĂ© capturĂ©s ». Par militants, il faut entendre terroristes bien sĂ»r. Terroristes quand il s’agit de les garder en Turquie, militants quand il s’agit de les renvoyer en Tunisie.

Entre-temps, en Tunisie, silence radio. Ni le prĂ©sident de la rĂ©publique, garant de la constitution et de l’intĂ©gritĂ© territoriale du pays, ni le chef du gouvernement dĂ©positaire de la sĂ©curitĂ© des citoyens, ni son ministre de l’intĂ©rieur, chef des forces de police et de la garde nationale, ni les ministres intĂ©rimaires Ă  la dĂ©fense et aux affaires Ă©trangĂšres, ni mĂȘme les partis qui leurs sont opposĂ©s n’ont Ă©mis le moindre communiquĂ© pour exprimer leur position sur ce retour imminent.

Pire. Youssef Chahed, toujours en poste, dĂ©barrassĂ© de son encombrant et non moins concurrent aux prĂ©sidentielles ministre de la dĂ©fense, fait des mains et des pieds pour plaire Ă  Ghannouchi,Ă  Sùïed et Ă  son grand-oncle. On l’a vu successivement porter une lettre de Sùïed Ă  son homologue algĂ©rien, assister en sa compagnie (et en celle de Ghannouchi) aux festivitĂ©s du Mouled, planter avec lui un olivier Ă  l’occasion de la fĂȘte de l’arbre. Il faut l’observer lui rendre visite au palais de Carthage, obsĂ©quieux, tout en courbettes et en sourires, se faisant tout petit, opinant du chef Ă  toutes ses remarques, buvant ses paroles comme du petit lait. EspĂ©rant ĂȘtre reconduit Ă  son poste, ou au moins hĂ©riter du portefeuille des affaires Ă©trangĂšres dans le futur gouvernement, oubliant par lĂ  mĂȘme qu’il est toujours le chef de l’exĂ©cutif, il se contente d’un rĂŽle de premier ministre du prĂ©sident comme sous l’ancienne constitution, et mĂȘme de son envoyĂ© spĂ©cial, porteur de ses messages aux autres prĂ©sidents. Comment envisager dans ces conditions qu’un Chahed obĂ©issant au doigt et Ă  l’Ɠil Ă  Sùïed et Ă  Ghannouchi ordonnĂąt Ă  ses services de s’opposer Ă  un retour possible des terroristes tunisiens recrutĂ©s, embrigadĂ©s et envoyĂ©s au front par ses partenaires au pouvoir qui l’ont soutenu contre son mentor Essebsi et dont son avenir politique -et mĂȘme judiciaire- immĂ©diat dĂ©pend ? Surtout quand on sait que Nahdha s‘est toujours prononcĂ©e en faveur de ce retour ?

De son vivant, mĂȘme Essebsi avait qualifiĂ© ces terroristes de brebis Ă©garĂ©es, dĂ©clarant que la Tunisie se devait, de par sa constitution, d’accueillir ses enfants, quand son alter ego Gahnnouchi les qualifiait seulement de musulmans en colĂšre, faisant monter les craintes des tunisiens, craintes que les dĂ©mentis tardifs, laconiques et pleins de zones d’ombre de l’ambassadeur turc Ă  Tunis et du ministĂšre tunisien de l’intĂ©rieur ont du mal Ă  dissiper.

Aujourd’hui, lundi 11 novembre 2019, un communiquĂ© du ministĂšre de l’intĂ©rieur « a dĂ©menti catĂ©goriquement les informations faisant Ă©tat de ce retour assurant qu’elles sont infondĂ©es et n’ont rien Ă  voir avec la rĂ©alité ». Cependant, le mĂȘme communiquĂ© ajoute que « tous les individus impliquĂ©s dans des affaires Ă  caractĂšre terroriste sont systĂ©matiquement arrĂȘtĂ©s Ă  leur arrivĂ©e sur le territoire national ». Alors, retour (et arrestation) ou pas retour ?

En tant que citoyen tunisien libre et indĂ©pendant de tout courant ou parti politique, je suis en droit et mĂȘme dans l’obligation de rappeler tous les hauts responsables du pays ainsi que tous les chefs sĂ©curitaires et tous les chefs de parti Ă  leurs devoirs.

– La sĂ©curitĂ© nationale est une ligne rouge qu’il vous est interdit de franchir.

– Votre responsabilitĂ© autant historique que pĂ©nale est engagĂ©e.

– Si vous ne rĂ©agissez pas avec la plus grande vigueur face aux pĂ©rils autant sĂ©curitaires qu’économiques qui guettent notre pays et qui engagent sa survie et sa souverainetĂ©, les citoyens ne manqueront pas un jour de vous traduire en justice pour haute trahison et manquement grave Ă  votre serment  de sauvegarder l’indĂ©pendance de la Tunisie et l’intĂ©gritĂ© de son territoire, de respecter sa Constitution et ses lois, de veiller sur ses intĂ©rĂȘts et de lui devoir fidĂ©litĂ© et allĂ©geance.

Abdelaziz GATRI. 

Expert-conseiller, opérations de commerce international, contentieux douanier.


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