Morsi éveille les démons des islamistes



Morsi éveille les démons des islamistes


La nouvelle du décès de l’ancien président égyptien Mohamed Morsi, survenu hier, a particulièrement endeuillé les islamistes et ceux qui en sont proches. Alors que certains ont choisi de rendre un simple hommage au défunt, d'autres n'ont pas hésité à faire preuve de populisme afin de se démarquer de la foule. Ce décès a fait ressurgir les convictions dissimulées de quelques uns et a dévoilé pour d’autres, une hypocrisie et un opportunisme inouïs.


Le parti islamiste Ennahdha a été le premier à réagir à la nouvelle du décès de l’ancien président égyptien, mort d’une crise cardiaque en plein procès. Un président, élu à l’aube de la Révolution égyptienne, qui était à la tête du Parti de la liberté et de la justice fondé en 2011 et issu des Frères musulmans.

La confrérie établie en 1928 par Hassan Al Banna en Egypte ayant inspiré la création d’Ennahdha, précédemment appelé « Mouvement de la tendance islamique » qui puisait son identité et ses orientations stratégiques des fondements et de la doctrine de cette organisation et défendait une conception intégriste de l’Islam.

 

La nouvelle du décès de Mohamed Morsi, poursuivi pour espionnage, incitation à la violence et destruction de l’économie, est venue sidérer les dirigeants nahdhaouis en un temps record. Ghannouchi avait rappelé que « Morsi était le président égyptien élu au suffrage universel, dans des élections libres et transparentes » après avoir présenté ses condoléances à la famille et amis de l’ancien chef de l’Etat et au peuple égyptien. Le chef islamiste a, à cette occasion, appelé le régime égyptien à libérer tous les prisonniers islamistes en vue d’instaurer les premiers piliers de la démocratie.

 

Ce décès a suscité une vague de compassion sans précédent parmi les leaders nahdhaouis et islamistes énormément chagrinés par la nouvelle. L’ancien chef du gouvernement et ex-nahdhaoui, Hamadi Jebali a considéré que la mort de Morsi est « une tragédie pour la nation musulmane ainsi que pour toute l’humanité ».

Abdelhamid Jelassi a partagé une photo du défunt en écrivant « ceux qui ont su façonné le changement savaient comment vivre. Ils savaient comment, où et quand ils mourront ». Abdellatif Mekki a, quant à lui, considéré que la mort de Morsi « n’était pas la fin, mais plutôt le commencement » s’engageant à continuer sur son chemin.

Une position également partagée par Yamina Zoghlami ainsi que des personnalités proches d’Ennahdha et du courant islamiste à l’instar de l’avocat Seifeddine Makhlouf et le président honoraire d’Attayar et ex-secrétaire général du CPR, Mohamed Abbou qui avait condamné les procès « injustes » visant Morsi et sa destitution par un coup d’Etat fomenté par le chef d’Etat-major et actuel chef de l’Etat égyptien, Abdelfattah Al Sissi en 2013.

 

Visiblement, le décès de Morsi a levé le voile sur les tendances islamistes fondamentalistes d’Ennahdha. Le parti tente pourtant, depuis quelques années, de se défaire de son image de secte intégriste en abandonnant son discours rétrograde et en adoptant des propos plus souples et faisant preuve de tolérance et d’acceptation des divergences. Une stratégie entreprise par Rached Ghannouchi en vue d’embellir l’image du mouvement islamiste et le rendre plus accessible.

Ghannouchi est revenu sur ses déclarations concernant les salafistes qu’il avait considérés à un certain moment comme « ses enfants qui lui rappelaient sa jeunesse ». Ils sont devenus, à présent, « des terroristes qui doivent être combattus depuis qu’ils ont choisi la violence pour imposer leur vision ». Ghannouchi s’est montré plus ouvert en exprimant son regret de ne pas avoir lu plus de livres, écouté plus de musique, regardé plus de films ou voyagé davantage.

Il est même allé jusqu'à nier son affiliation aux Frères musulmans, fait preuve de flexibilité à l’égard des juifs, des homosexuels et des femmes non voilées présentant Ennahdha comme un parti civil ouvert à tous les Tunisiens sans exception et sans exclusion. Un argument appuyé par, entre autres, un rapprochement, à un certain stade, avec Nidaa Tounes, parti libéral progressiste au référentiel bourguibiste. Rached Ghannouchi ayant, au décès de Bourguiba, refusé d’appeler la miséricorde divine sur son âme.

Dans cette optique, Ennahdha a annoncé son intention de séparer l’action politique et l’activité de prédication affirmant « sa sortie de l’Islam politique afin d’adopter la démocratie musulmane ». Un retournement de veste qui n’a pas réussi à convaincre, d’autant plus qu’Ennahdha n’a pas pu abandonner son référentiel religieux et adopter un caractère purement civil et laïc.

Un échec qui se fait ressentir à travers les positions figées d’Ennahdha à l’égard de certaines questions à l’instar de l’égalité successorale. Une égalité rejetée par Ennahdha la jugeant « contraire aux préceptes de l’Islam, inutile, injustifiée et n’ayant pas sa place en Tunisie ».

 

Ennahdha n’était pas la seule partie qui a été extrêmement attristée par le décès de Morsi. L’ancien chef de l’Etat et président de Harak Tounes Al Irada, Moncef Marzouki, connu pour avoir été proche des islamistes et ouvert la porte aux projets sournois des prédicateurs salafistes et extrémistes religieux durant son mandat avait, lui aussi, pleuré Morsi en le qualifiant d’homme « courageux et fort et qui s’était accroché jusqu’au bout à ses valeurs et positions ».

Cependant, Marzouki ne s’est pas contenté d’exprimer sa profonde tristesse sur les réseaux sociaux. Il s’est assuré, d’ailleurs, de faire savoir au monde entier que la mort de Morsi l’a énormément touché à travers un passage sur la chaîne qatarie Al Jazeera où il a fondu en larmes en direct devant les caméras.

Un Marzouki dépité et inconsolable suite à l’annonce de son « frère » Morsi avec qui il entretenait des liens étroits et des relations privilégiées. Marzouki avait, en effet, exhorté les autorités égyptiennes à reprendre le dialogue et à libérer l’ancien président Morsi lors de son allocution prononcée à la 68ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York en 2013.

 

Deux ans après, Marzouki a lancé un appel à signer massivement une pétition internationale visant à dénoncer « les exactions aux droits humains en Egypte, les condamnations à la peine capitale et les jugements abusifs rendus à l’encontre du premier président élu démocratiquement et d’autres militants » mettant en garde contre les répercussions de ces pratiques et leur contribution au « glissement de l’Egypte vers le tourbillon de la haine et de la vengeance ».

Des efforts louables pour un défenseur ardent et acharné des droits de l’Homme et un grand donneur de leçons de démocratie et de respect des libertés quand il s’agit d’un islamiste, mais qui fait la sourde oreille quant au sort de ses compatriotes.

Une compassion sélective de la part d’un président indifférent qui ne s’est manifestement pas donné la peine d’ouvrir une enquête sérieuse et fiable sur l’assassinat du leader de gauche, Chokri Belaïd, tué lors de son mandat, quand la Troïka détenait le pouvoir..

 

Boutheïna Laâtar  

 


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