Affaires Belaïd et Brahmi : une défense exaspérée et des magistrats en grève !



Affaires Belaïd et Brahmi : une défense exaspérée et des magistrats en grève !

 

 

Ce sont deux assassinats qui ont secoué la Tunisie depuis la révolution de 2011. En février, puis en juillet 2013, deux leaders de la gauche, Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi sont assassinés devant leurs domiciles. Le meurtre de ces deux personnalités populaires et appréciées des Tunisiens, a suscité un vif émoi national et ouvert les yeux sur la réelle menace des assassinats « politiques ».  Si la gauche continue 6 années après à accuser le parti islamiste Ennahdha d’être derrière ces exécutions, la justice peine, quant à elle, à avancer sur le dossier…

 

Pour le Front populaire le coupable est tout désigné !

Le 2 octobre 2018 le Front populaire a tenu une conférence de presse pour exposer des documents concrets prouvant l’existence d’une organisation secrète relevant du parti islamiste et impliquée, selon le FP, dans les assassinats de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi. L’énigmatique chambre noire au ministère de l’Intérieur contiendrait des documents saisis au bureau de Mustapha Khedher, qui était sous-lieutenant à l’armée nationale depuis 1984.

 

Mustapha Khedher est impliqué dans l’affaire de Baraket Sahel en 1991. Il a écopé de 4 ans de prison. Il est le responsable de l’organisation secrète du mouvement Ennahdha, selon les dires du comité de défense. Les documents présentés durant la conférence de presse ne sont pas inclus dans le dossier des affaires Belaïd et Brahmi et Ennahdha avait tout nié en bloc.

Malgré les nombreuses plaintes déposées par le comité de défense, jusqu’ici les affaires Belaïd et Brahmi semblent être au point mort.

 

Le comité de défense opte pour l’escalade

Le comité de défense de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi, a tenu hier, un sit-in dans le bureau du procureur au Tribunal de première instance de Tunis.  

Le sit-in a été annoncé dans un communiqué expliquant : " qu’après que le parquet a refusé de trancher sur le dossier de l’appareil secret d’Ennahdha, s’abstenant d’enquêter sur les plaintes présentées par le comité de défense en classant le dossier ou en le déférant, une inaction qui est allée jusqu’à devenir une sorte de complicité dans la dissipation de la justice et en prenant carrément le parti des parties objet de la plainte au point de ne pas les interroger.

Après que le ministère public a mis la main sur les enquêtes  de l’unité nationale d’investigation dans les crimes terroristes à El Gorjani et El Aouina, ce qu’a pu observer le comité de défense lorsqu’il a été écouté par les unités citées et après que le ministère public a violé le devoir de neutralité dans le dossier de l’appareil secret exposant ainsi l’indépendance de la justice à un danger imminent ".

Après que le comité de défense a porté de nombreuses plaintes dont la dernière a mis en lumière les entraves des processus judiciaires concernant l’appareil secret d’Ennahdha, le comité de défense a annoncé :

 

La tenue d’un sit-in dans les locaux du tribunal de première instance de Tunis défendant ainsi son droit d’obtenir des réponses sur l’avancement du traitement des plaintes qu’il a déposées.

Le lancement d’une campagne « classe ou défère » défendant son droit de recourir à la justice

 

L’ouverture d’une enquête populaire, respectant le principe de liberté de prouver dans le domaine pénal, dans le cadre de laquelle tous les documents saisis dans le dossier de Mustapha Khedher seront publiés sur sa page Facebook.

 

Le comité a aussi décidé de publier toutes les plaintes engagées contre Béchir Akremi procureur de la République près du tribunal de première instance Tunis 1 et rappelons le, juge d'instruction qui avait été chargé de l'enquête sur les assassinats de Brahmi et de Belaïd. Le comité de défense parle aussi de documents qui incriminent Sofiene Sliti premier adjoint du procureur. Tous ces documents seront rendus publics, précisent les avocats.

 

Le Chaos règne dans les couloirs du Tribunal

Le 19 septembre 2019, les avocats du comité de défense de Belaïd et Brahmi ont tenu comme prévu un sit-in dans les locaux du Tribunal de première instance de Tunis.

 

Le procureur a alors fait appel aux forces de l’ordre pour les chasser de son bureau. Le ministère de l’Intérieur a affirmé, dans un communiqué rendu public que le procureur général près du Tribunal de première instance de Tunis a demandé l’intervention des unités de sécurité pour évacuer son bureau.

« Depuis 10 heures du matin, toutes les parties judiciaires et leurs organes représentatifs étaient présents pour examiner la situation mais les avocats ont tenu à maintenir leur sit-in dans le bureau du procureur.  À 13 heures aujourd'hui, le procureur de la Cour d'appel de Tunis et le procureur de la République leur ont ordonné l’évacuation du bureau de ce dernier, qui comptait alors une quarantaine d'avocats. Les unités de sécurité ont alors informé les avocats des instructions du ministère public, leur demandant de coopérer. La plupart d'entre eux ont alors quitté les lieux et toutes les procédures ont été menées conformément aux instructions judiciaires mentionnées et dans l’application des lois en vigueur sous ordre du ministère public », a expliqué le ministère.

 

L’intervention des forces de sécurité a été dénoncée par les avocats qui ont publié des vidéos du chaos régnant dans les couloirs du Tribunal, accusant les sécuritaires de les avoir agressés. Dans les vidéos massivement partagées sur les réseaux sociaux ont pouvait voir la veuve du martyr Chokri Belaïd, Besma Khalfaoui, hurler et accuser le procureur Béchir Akremi d’être « au-dessus de la loi ».

Les vidéos montraient également le bâtonnier des avocats, Brahim Bouderbala, l’air assommé et les vêtements débraillés, être escorté par d’autres avocats et évacué du bureau du procureur.

 

Les magistrats en colère

Le syndicat des magistrats tunisiens, a annoncé, dans l’après-midi d’hier, la suspension des auditions dans tous les tribunaux du pays, précisant que cette grève ouverte fait suite à l’agression du procureur de la République près du Tribunal de première instance de Tunis « par un groupe d’avocats ».

Plus tard l’Assiociation des magistrats tunisiens (AMT) a elle aussi réagi, en réaffirmant son soutien au procureur de la République et en dénonçant l’instrumentalisation « d’affaires en cours devant la justice » à des fins électorales. L’AMT a appelé l’Ordre des avocats à assumer ses responsabilités devant ces « agressions inacceptables ».  

 

L’affaire de l’appareil secret d’Ennahdha et des assassinats de Chokri Belaïd et de Mohamed Brahmi promet de nouveaux rebondissements. La lenteur et l’opacité qui caractérisent ces dossiers maintiennent le doute sur l’implication de parties qui mettent tout en œuvre pour que la vérité n’éclate pas au grand jour. Le procureur près du Tribunal de première instance de Tunis a demandé à ce que son bureau soit évacué sans pour autant prendre des mesures disciplinaires à l’encontre des avocats, exactement comme le procureur de Sidi-Bouzid qui a accepté sans donner suite, les excuses de Seifeddine Makhlouf, suite à ses déclarations dans l'affaire de l'école coranique de Regueb.

 

 

Myriam Ben Zineb


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