Mon appel en faveur d’un Human Web‎

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Près de la moitié de la population mondiale n’a pas accès à Internet.

À en juger par les tendances actuelles, 40 % des habitants de la planète n’y auront toujours pas accès en 2025, et il faudra attendre 2060 pour que chacun soit en mesure d’y accéder. En Afrique, près de 80 % de la population en sont privés.

Nous avons tous été témoins des avancées majeures rendues possibles par le développement de la technologie numérique. Voici deux exemples, parmi tant d’autres, de services digitaux qui ont transformé la vie des populations dans les pays en voie de développement.

Mobile Money est l’un des exemples les plus frappants : en Afrique, les opérateurs mobiles ouvrent la voie à l’inclusion financière. Aujourd’hui, dans de nombreux pays subsahariens, la majorité de la population adulte utilise le paiement mobile au lieu de comptes bancaires classiques. Nous mettons en place des systèmes interopérables entre nos réseaux, tels que Mowali en Afrique, une joint-venture entre MTN et Orange qui permet à ses clients de transférer de l’argent vers 100 millions de comptes de paiement mobile à un prix dérisoire et sans délai. Plus de 300 millions de clients pourraient un jour bénéficier de ce service, disponible à l’heure actuelle dans 22 pays. L’inclusion financière est un outil puissant pour combattre la pauvreté. Elle réunit les assurances, les crédits et d’autres instruments économiques. Nous pouvons et devons accélérer le processus visant à garantir l’inclusion de chacun.

Pour un fermier africain, accéder à Internet ne se résume pas à surfer en ligne. Un accès à Internet lui permet de connaître le prix de vente du riz, de trouver des informations concernant les précipitations ou les maladies endémiques touchant les végétaux et de savoir à quelle période semer ses cultures. Internet peut véritablement transformer sa vie et l’aider à aller au-delà de la simple agriculture de subsistance, à accroître sa production et à vendre ses récoltes sur le marché local ou mondial.

L’accès à Internet est le premier pas vers la digitalisation ; en être privé ne signifie pas seulement ne pas être en mesure d’accéder à Internet : cela signifie courir le risque de se voir progressivement isolé de la société, sur le plan économique, professionnel, éducatif, sanitaire et démocratique.

Quatre milliards de personnes n’ont pas accès à Internet. Mais il existe deux problématiques différentes : la première concerne 800 millions d’entre eux, la seconde 3,2 milliards. 

Si la portée d’Internet s’est accrue de façon significative au cours des dernières années, principalement par le biais des réseaux mobiles, les problèmes de couverture persistent, touchant plus de 800 millions de personnes n’ayant pas accès aux réseaux 3G+ dans ces régions. Mais la faible utilisation de ces services est un problème bien plus important. Il touche plus de 3,2 milliards de personnes, vivant dans des régions bénéficiant d’une couverture 3G+, mais n’utilisant pas les services Internet.

Les chiffres indiquent que les problématiques de couverture ne sont à l’origine que d’1/4 du fossé digital.

800 millions de personnes ne bénéficient, à l’heure actuelle, d’aucune couverture réseau. À la fin de l’année 2018, 44 % de la population mondiale ne bénéficiant d’aucune couverture réseau se trouvait en Afrique subsaharienne.

On pourrait considérer cette problématique comme une simple affaire de télécoms, mais il n’en est rien.

Étendre la couverture des réseaux jusqu’à ces populations est avant tout un défi d’ordre économique. Les zones non couvertes sont généralement des zones rurales, à faible densité de population, où le revenu par habitant est faible et où les infrastructures sont peu développées ou n’existent tout simplement pas. Déployer de nouvelles stations de base dans ces zones rurales peut coûter deux fois plus cher, pour des recettes jusqu’à 10 fois moins élevées, que dans les zones urbaines.

En tant qu’opérateurs télécoms, nous mettons tout en œuvre pour couvrir la majorité de ces zones de manière efficace, dans le but d’étendre au maximum la portée des réseaux commercialement viables. Comment ? En réduisant les coûts liés au déploiement des infrastructures grâce aux progrès techniques réalisés dans des domaines clés tels que l’alimentation en énergie, les réseaux backhaul et les technologies visant à déployer des stations de base à moindre coût.

Mais nous n’y arriverons pas seuls : pour rendre les réseaux accessibles au dernier milliard, nous avons besoin du soutien des gouvernements. Ces derniers doivent assouplir les politiques et les règlements qui freinent le déploiement, créer des environnements propices aux investissements et identifier de nouvelles sources de financement et de nouveaux modèles faisant appel à des prêteurs internationaux. Le « New Deal Mobile » en France est le parfait exemple d’un partenariat établi entre le gouvernement et le secteur privé dans le but précis d’améliorer la couverture mobile sur le territoire.

Le « dernier milliard » est une problématique liée avant tout au caractère abordable des prix et à la question du développement économique. Les opérateurs, les gouvernements et les institutions financières doivent établir un partenariat solide pour créer les « autoroutes numériques du 21ème siècle ». Ces initiatives nous permettront d’utiliser la connectivité comme un outil pour concrétiser les objectifs établis en termes de développement : lutte contre la pauvreté, accès à une éducation de qualité, accès à des emplois décents et croissance économique.

Sur les 4 milliards de personnes n’ayant pas accès à Internet, 3,2 milliards bénéficient d’une couverture réseau. Ces personnes sont réparties sur tout le territoire, autant dans des pays développés qu’en voie de développement.

En Chine, 41 % de la population est touchée par les problèmes d’utilisation. Aux États-Unis, ce taux est de 23 %. En Europe, ce fossé concerne 26 % de la population, 41 % en Afrique subsaharienne et jusqu’à 56 % en Asie du Sud.

Le « fossé d’utilisation » nous rappelle à quel point nos sociétés sont divisées sur le plan social, culturel et générationnel.

Si vous ne pouvez pas vous offrir un smartphone, vous ne pouvez pas accéder à Internet. Proposer des téléphones portables à un prix abordable est la première condition. Disposer d’une source d’énergie est la seconde. Bénéficier des compétences nécessaires pour utiliser ces services est la troisième.

La transformation digitale de nos sociétés offre aux utilisateurs connectés de nouvelles opportunités, mais elle crée également un nouvel obstacle à l’inclusion : l’illettrisme numérique.

Combler le fossé d’utilisation est une problématique très complexe, qui engage la responsabilité de chacun, à grande échelle.

Selon nous, l’avènement d’un futur numérique positif et humain nécessite une collaboration constructive entre les parties prenantes. Les gouvernements, l’industrie mobile, les secteurs adjacents, la communauté chargée du développement et les organisations internationales ont tout intérêt à voir cet objectif se concrétiser. Nous avons établi notre vision du futur numérique idéal et identifié les résultats communs que nous devons tous nous efforcer d’atteindre.

En tant que PDG d’Orange, opérateur mondial présent dans vingt-huit pays d’Europe, du Moyen-Orient et d’Afrique, je m’efforce chaque jour de combler ce fossé et de garantir la connectivité, partout dans le monde. Mais cela n’est pas suffisant, j’en suis convaincu. C’est la raison pour laquelle, cette année, je m’engage également en qualité de Président du Conseil de la GSMA, organisation mondiale réunissant 750 opérateurs télécoms.

Les chiffres indiquent que le fossé digital concerne bien plus que la technologie numérique.

Je partage mes convictions avec la GSMA et d’autres forums réunissant des leaders du monde entier : ensemble, nous pouvons accélérer le processus visant à permettre à chacun de bénéficier d’un accès à Internet.

La responsabilité incombant aux opérateurs télécoms est énorme : garantir la connectivité, partout dans le monde. À cet égard, Orange et la GSMA soutiennent fermement l’inclusion numérique.

Reste encore à mettre en place une initiative à grande échelle, et à établir un cadre international adapté aux enjeux : connecter la planète entière nécessite de mobiliser non seulement les opérateurs privés, mais aussi les fournisseurs, les gouvernements et les États, ainsi que les organismes internationaux tels que les Nations Unies, la Banque mondiale et l’Union africaine. Mais également, identifier de nouvelles sources de financement et de nouveaux modèles faisant appel à des investisseurs internationaux.

J’encourage donc chacun d’entre nous à travailler ensemble pour innover et trouver de nouvelles façons de connecter le monde afin de combler une bonne fois pour toutes le fossé digital.

Que les choses soient claires, il ne s’agit pas là d’un acte de charité. Je suis convaincu que les bénéfices que nous tirerons tous en offrant à plusieurs milliards de personnes un accès à Internet et la possibilité d’échanger des données vaudront largement l’investissement nécessaire pour y parvenir.

Assurons-nous de tenir la promesse d’un World Wide Human Web!

Selon moi, la véritable innovation est celle qui place l’humain au cœur même de ses ambitions !

StĂ©phane Richard, PrĂ©sident – Directeur gĂ©nĂ©ral d’Orange

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webmanagercenter

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